Je ne me cacherai pas. Ni mon visage, ni mon corps. Ni mon regard. Ni ma voix. Quand je ferme les yeux très fort, je ne fais plus partie du monde. On ne me voit jamais fermer les yeux. Parce que quand je ferme les yeux on ne me voit plus.
  Il y a longtemps que ma sécrétion de dopamine est faible. Ça me manque. C’est d’écrire qui me dope habituellement, écrire et réaliser aussi. Réaliser que j’écris aussi.
  Je ne tiens pas à échapper au monde, parce que le monde, je m’en fous un peu quand même.
  La danse, c’est un truc de paranoïaque. C’est le contraire d’un corps démembré schizophrénique. D’ailleurs un danseur n’est un danseur que quand il a ses connexions, c’est comme ça qu’on dit, c’est même magnifique à voir. J’ai mes connexions. C’est magnifique à ressentir. On est une minorité de danseurs à les avoir. On est une minorité à les avoir. Quand je parle de danse, je ne parle que de la danse contemporaine, évidemment.
  Je continue à penser qu’on met sa vie en jeu quand on écrit. Je veux dire, on choisit entre écrire ou vivre, on ne peut pas faire les deux. Ça ne peut pas être amusant à faire. Je sais qu’on ne doit pas dire ça. Je sais. Et puis il y a plein de façons différentes de faire. Et elles se valent. Dans l’absolu, elles ne valent rien de toutes façons. Il n’empêche que…
  Je n’arrive pas à en vouloir aux gens. Je ne peux pas ne pas les trouver touchants, même avec tout le mal qu’ils (se) font. Je ne sais pas si ça veut dire que je ne fais plus partie du monde, que j’ai fermé les yeux ou…
  Il y a longtemps que je ne ressens plus le danger. Je suppose que je veux dire qu’il y a longtemps que ma sécrétion d’adrénaline est nulle. Ici je veux dire que je ris.
  Lire ou écrire, ça doit coûter, ça ne peut pas être rien, ça doit tout prendre, tout. On doit se livrer à un livre, sans mesure aucune, inconditionnellement. Je ne peux pas dire à quel point c’est bon. Quand je parle de devoir, je veux dire que c’est ce que j’aime, ce n’est que ça. Et je n’aime que ça.
  Je ne dirais pas que je ne ressens rien. Par exemple, je suis soulagé. C’est un sentiment, le soulagement, vous savez ?
  Si quelqu’un comprend quelque chose, c’est qu’il n’a rien compris.
  Que ce soit clair, on ne peut pas se sauver.
  Je fais partie des gens qui ne peuvent plus vivre quand ils aiment, quand ils écrivent, quand ils… Il y a des gens comme ça. Ce n’est ni bien ni mal.
   Je crois que j’ai déjà perdu tout ce que je n’avais pas.
   Je suis soulagé.
   J’ai tout perdu.
  Je crois qu’être entier et intègre, ça veut dire quelque chose. Il m’arrive de croire donc. Comme quoi je suis léger aussi.
  Je ne fermerai pas les yeux. On me verra les yeux grands ouverts. Et ça je peux vous dire qu’on le verra.


  J’essaie d’être honnête, sincère et juste dans mon travail, j’essaie vraiment, j’essaie autant que je peux. Je veux dire, j’essaie de dire ce pour quoi je prends la parole. J’essaie de ne pas parler d’autre chose, comme, par exemple, raconter une histoire sur des gens que je ne connais pas qui vivent des choses qui ne me sont jamais arrivées. Ça me ferait chier de faire ça. De lire ou de voir ça, ça me fait déjà tellement chier. Je continue à penser que j’aime suffisamment la vie pour ne pas avoir envie d’en détourner mon regard pour voir comment c’est ailleurs. Je continue à être profondément réfractaire aux images et aux illusions, aux mensonges. Vraiment. Je ne pense pas qu’il faille fermer les yeux et faire comme si de rien était en rêvant à des princesses, des dieux, ou je ne sais pas quoi. Si ça ne va pas, on dit que ça ne va pas et on fait mieux, c’est tout. On ne fait pas rien en attendant que ça passe. Voilà, c’est dit. Maintenant, ça ne m’empêche pas d’avoir profondément honte de mon travail, parce que c’est obscène, parce qu’on ne dit pas des choses comme ça, parce qu’on ne se répand pas comme ça, que ça ne se fait pas, que c’est dégueulasse. Et dans la vie, je ne dirais pas ce que je dis dans cette vidéo par exemple, je ne sais même pas si je le penserais. Je ne parlerais pas comme ça déjà, je ne parlerais pas tant que je n’aurais pas un être humain face à moi, et puis je ferai le fort, je fais toujours le fort, c’est-à-dire que je me tiendrais, que je serrerais les dents, et que je ferais comme si j’étais indifférent et que je trancherais dans le vif aussi, sans doute même d’une façon radicale, je fais des choses comme ça. Et dans cette vidéo, pourtant, je dis tout ça, qui ne ressemble à rien, qui est dégueulasse et obscène, et ça ne vient pas de nulle part, c’est moi, n’importe qui peut voir que c’est moi, et c’est ce qui fait que j’ai forcément honte, mais c’est ce qui fait que je le fais quand même, même si ce n’est vraiment pas joli.

Calendrier

Décembre 2008
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus