Voici une photo de moi nu en plein acte sexuel mais ouverte avec un mauvais logiciel qui ne génère que des codes...
  Rien à dire. Je suis bien, là, comme ça. Je vais me faire un café, manger un yaourt, voilà, c’est ça. Surtout ne pas parler. Rester tranquille. Bouger à peine. Fumer une cigarette. Je ne vais pas me fatiguer. Pour une fois, là, je ne vais pas me battre, je ne vais rien faire, rien. C’est bien, comme ça. Voilà. Du calme, du calme, du calme. Ne voir personne, ne pas parler, ne pas se fatiguer. Je suis bien comme ça. Il y a de la buée partout dans la salle de bain. Il fait moite. C’est bon. Bouger à peine. Ne pas se fatiguer. Ça fourmille dans le corps. Je me prélasse. Je suis bien. Ça fait combien de temps que je n’ai pas arrêté de me battre, je ne sais pas. Je ne veux pas me fatiguer à réfléchir. Je suis bien, ça va, là, comme ça. Ne pas bouger, ne rien dire. Tout va bien. C’est bon. C’est incroyable comme c’est bon. Il y a ce bruit d’eau d’une bouche d’incendie, ou de je ne sais pas quoi, je ne veux pas chercher, je suis bien, je ne veux pas savoir, qui fuit, c’est le seul bruit dans la nuit. Ça me berce, c’est bon, je suis bien. Ne rien dire. Ne pas bouger. Là, comme ça, je suis bien, c’est bon, c’est incroyable comme c’est bon. Ne faire aucun effort d’aucune sorte, pas besoin, je suis bien, voilà, là, comme ça, oui, c’est bon. Ne pas faire de bruit. Je suis bien, là, voilà, oui. Ne pas parler. Il y a les voix des gens dans la rue, ça m’agresse. Je suis bien, ne pas troubler mon bien-être. Ne pas bouger. Ne rien faire. Savourer. C’est bon, oui, voilà, je suis bien, comme ça. Ne rien faire, surtout ne rien faire, des fois que ça s’arrête.
  Il y a des gens qui se rappellent encore parfois qu’on ne peut pas me dire ou me faire n’importe quoi, que je suis fragile, vulnérable, cassable, cassé déjà, que je ne peux pas, que la moindre choses me bouleverse, m’explose, m’anéantit, que je ne suis pas blindé, toujours pas, que je ne m’y fais pas, à rien, que l’écho que les choses prennent, c’est comme si elles m’arrivaient pour la première fois à chaque fois, que même c’est peut-être encore pire la fois d’après, et encore pire encore, que je ne sais pas me protéger, que je ne sais pas m’empêcher de vivre ou de ressentir les choses, que je ne sais pas étouffer ce que je ressens, que ça en est à un point où c’est un handicap, tellement c’est violent, tellement ça se répand en moi et ça me pulvérise, les émotions bonnes ou mauvaises, tout, que je n’ai aucune barrière, aucune défense d’aucune sorte, que de toutes façons je ne me protège de rien, je ne m’empêche pas de vivre ou de ressentir ou de penser quoi que ce soit, que c’est là, que je ne fais pas comme si ce n’était pas là, que je ne sais pas m’occuper l’esprit avec des conneries pour faire comme si ça n’y était pas, que ça fait que je n’ai peur de rien, désolé, mais moi, je n’ai peur de rien, mais que ça fait aussi que non seulement les choses, je les vois, mais qu’elles prennent une importance telle que je ne peux plus, que je ne comprends toujours pas comment mon cœur et mon corps n’ont pas encore cédé tellement ça me paraît trop fort, mais que je tiens, même si je ne sais pas comment c’est possible, je tiens, que ça fait de moi quelqu’un de sauvage, que la vie m’est forcément âpre, mais que me taire, ce serait pire, je suis sûr que ce serait pire, fermer les yeux pour penser à autre chose, je ne sais pas faire, je ne veux pas savoir faire, non, ça n’a pas l’air de rendre les gens heureux ça, non, ça a l’air vraiment pire, que je ne fais pas semblant de m’agiter pour faire du bruit pour couvrir le bruit de la douleur, que le bruit je l’entends et qu’aussi assourdissant qu’il soit, non seulement je ne suis toujours pas sourd mais que je l’entends plus précisément encore et encore, et que donc forcément, les gens, aussi habitués qu’ils soient à se parler comme à des machines ou des chiens, tellement ils taisent tout partout, tellement ils fuient, tellement ils font du bruit, tellement ils font d’eux des choses convenues, se rappellent qu’un être humain, ça ressent des choses, qu’on ne lui parle pas n’importe comment, qu’on ne fait pas n’importe quoi avec lui, qu’on le ménage, parce qu’un être humain, au fond, on en est un, alors on sait ce que c’est avoir mal ou être bien, on sait que c’est la chose la plus importante du monde, que c’est bien plus important que les dieux ou le travail ou l’argent ou tout ce qu’on invente pour faire du bruit et se taire, parce que les gens se taisent en faisant du bruit, c’est comme ça, on sait à quel point c’est précieux et délicat, et ne serait-ce que parce que les gens, au fond, sont ça, ils se rappellent encore parfois, quand ils se rappellent qu’ils sont ça, qu’ils ne peuvent pas me dire et me faire n’importe quoi, non ce n’est pas vrai, ça n’arrive pas, ils ne s’en rappellent plus du tout, ils ne se rappellent même pas qu’ils sont ça. Les gens sont des chiens.

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