Ils me regardent. Je vois qu’ils me regardent. Ils sont beaux tous les deux. Je les regarde aussi. Ils ont la beauté qui coupe le souffle, qui attendrit, qui donne envie d’aimer. Mon regard passe de l’un à l’autre. C’est incroyable comme ils sont beaux. Avec chacun, je pourrais passer ma vie. Je ne pourrais pas choisir. Quand nos regards se rencontrent, ils tournent la tête ou ils la baissent, ils ne soutiennent pas mon regard. De toutes façons, c’est rare qu’on soutienne ce regard-là. Je ne souris pas, je reste impassible, je suis indifférent quand même un peu. Je regarde leur relation, leur complicité, je ne la vois pas. Je les regarde encore, leurs visages, leurs traits, leurs corps, la peau découverte par les vêtements, je me dis qu’ils sont beaux décidément, et puis je m’en vais. Je me promène dans la boîte, eux, je m’en fous.
Ils me suivent. Ça me fait rire qu’ils me suivent, mais mon rire, je ne le laisse pas voir, ni sur mes lèvres, ni dans mes yeux. Je leur rends la tâche difficile. Je m’arrête, ils me rattrapent, je m’en vais encore. Je ne peux pas dire à quel point ils sont maladroits. Mais ils suivent, pendant une heure, ils suivent comme ça. Je les encourage et je les dissuade. J’attends le moment où ils vont fatiguer, laisser tomber, mais non, ce moment n’arrive pas encore. Ils ne se rendent pas compte que je joue, ils n’ont pas l’air de jouer. Ils sont timides et gauches quand même. C’est tellement touchant. Et puis je m’arrête pour de bon. Je ne les regarde plus, je ne les encourage plus, je n’ai même pas l’air d’attendre, je crois. Eux, oui, ils attendent, ils hésitent, je le sens et puis, l’un des deux, le plus musclé des deux, celui qui a l’air de faire plus d’effort pour plaire dans la vie, celui qui a l’air le moins sûr de lui, vient et me parle.
On se retrouve tous les trois l’un contre l’autre. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que pour eux, pour leur couple, ils sont en train de faire quelque chose dont ils ne peuvent pas connaître les conséquences. Je ne peux pas dire à quel point ça me paraît difficile, presque douloureux même, pour moi, eux, ils ne le savent pas encore. J’en embrasse un, puis l’autre, tout de suite après, sans attendre, et puis j’arrête de les embrasser, je me dis que je ne peux pas concentrer mon attention que sur un seul des deux, que c’est trop compliqué pour leur couple. Je les enlace tous les deux. Et puis je serre leurs têtes avec mes mains et je rapproche leurs bouches de la mienne pour qu’on s’embrasse tous les trois en même temps. Ils sont en train de jouer avec l’épuisement de leur désir pour l’autre de leur couple, ils essaient de rabattre le désir qu’ils ont pour moi, parce qu’ils ne me connaissent pas, sur l’autre pour qui ils en ont déjà moins. C’est dangereux ça pour eux, ça se sent à quel point c’est dangereux.
Je serre la tête de l’un dans ma main pour qu’il me suce pendant que j’embrasse l’autre, je serre la tête de l’autre dans ma main pour qu’il me suce pendant que j’embrasse l’un. Je mets la queue de l’un dans la bouche de l’autre aussi, mais c’est moi qu’ils veulent sucer, on dirait. Surtout l’autre, qui ne lâche pas ma queue de sa bouche. Et puis, j’enfonce mes doigts dans les fesses de l’un, je lui donne envie de se faire prendre, mais je n’ai pas besoin de lui donner envie, l’envie, il l’a déjà. Je mets une capote. Je pose la main des deux sur ma queue pour leur faire sentir la capote, je les rassure. Et je le prends, l’un. À ce moment, je me demande comment l’autre va réagir, de voir l’homme qu’il aime encore et qu’il ne désire plus se faire prendre par un homme qu’il n’aime pas et qu’il désire. Je suis étonné de voir qu’il s’en fout. Je me dis que je n’aimerais pas être l’un des deux de ce couple-là, que je ne voudrais pas vivre ça, non, vraiment, non. Je m’enfonce dans l’un, je remue mon bassin pour masser l’intérieur de son ventre. J’appuie mon torse sur ses épaules pour qu’il se cambre d’avantage et pour le sentir vibrer contre mon corps. Je passe mes mains sur sa chair, sur ses muscles, je découvre les formes de son corps. Elles sont belles, fermes, pleines dans mes mains, c’est incroyable à quel point elles m’excitent en même temps qu’elles m’attendrissent. L’autre ne regarde même pas, il n’a d’yeux que pour moi comme on dit. Il reste à côté. Je l’embrasse, je l’enlace, je le caresse, je le colle à moi.
L’autre a envie de prendre aussi. Il se met derrière l’un et l’encule. Je les regarde faire. Je vois le quotidien sexuel de ce couple, leur intimité. C’est surprenant à voir. L’un me suce pendant qu’il se fait prendre. À ce moment-là, il n’est plus ni avec moi, ni avec l’autre, il est seul avec ses fantasmes. Et puis l’autre approche sa bouche timidement, je souris et je lui donne ce qu’il veut, je lui mets ma queue dans sa bouche à lui. Je laisse sucer l’autre pendant qu’il prend l’un. À ce moment précis, l’un sort de ses fantasmes, il est seul entre l’autre et moi. Je suis surélevé par rapport à eux, je les regarde de haut. Ils sont beaux. Vraiment. Chacun d’eux, pas ensemble non, en fait si, c'est touchant comme ils sont maladroits, comme ils ne savent pas ce qu'ils font, et chacun d’eux, oui, ils sont beaux, c’est bouleversant. Et puis j’arrête-là, très précisément. Je redescends, je me rhabille, je ne les regarde plus, je ne dis rien, mon regard redevient noir, et je pars. Ils me regardent. Je devrais dire quelque chose, sourire au moins. L’autre essaie de me rattraper, il hésite, il ne sait pas quoi faire, il se jette sur ma bouche pour m’embrasser en souriant. Je ne réagis pas, je devrais dire, c’est trop pour moi, un couple à gérer comme ça, à dominer même, et puis, ça se voit que c’est la première fois pour vous, que vous ne savez pas où ça va vous mener, et puis moi, en couple, je ne ferais pas ça, que je me rends compte qu’il n’y a pas de solution en couple, mais que celle-ci, elle me désespère, ou alors, je devrais leur dire qu’ils sont beaux tous les deux, mais que je suis fatigué, ou que je ne sais pas quoi, que je ne peux pas finalement, je ne sais pas, mais je ne dis rien, je ne souris même pas, je m’en vais, c’est tout.