Essai #19 : les émotions

Publié le par claude pérès

  J’ai le cœur brisé. Voilà, c’est dit. Je sais que je ne suis pas à plaindre, je sais que je suis gâté, vraiment, entouré d’amour, que je m’en sors bien , que je ne me trompe pas de combat, que ça fait longtemps que je n’ai pas ressenti d’angoisse, que je suis apaisé, je peux le dire que je suis apaisé, c’est vrai, que je suis fort, que j’ai confiance, tout ça, c’est vrai, et je sais que c’est tellement enviable, je m’en rends compte, je sais. Mais il n’empêche que ce n’est pas vrai qu’on se remet des choses, que je ne m’en remets pas, que je suis démoli, meurtri, assassiné, que ça gâche ma vie. On ne dit jamais ça, c’est interdit de dire ça, même les dépressifs ne le disent pas, mais on est bousillés par la vie, il faut le dire, c’est comme ça. Ça n’empêche pas de vivre, ça n’empêche même pas d’être apaisé, d’être bien, au calme, au chaud, à l’abri, ça n’empêche pas de rire, ni d’espérer, mais ça gâche quelque chose quand même. Maintenant, tout le temps, j’ai les larmes aux yeux, sans arrêt, même quand je ris, j’ai les larmes aux yeux, et la gorge serrée aussi. Parce que ce qu’on est amené à vivre est dur, parce que c’est insoutenable tellement c’est violent et qu’on n’est pas fait pour ça, ce n’est pas vrai, on ne s’en remet pas, on ne s’y fait pas, parce qu’on n’est pas fait pour ça, c’est tout. Et ça ne fait pas de moi quelqu’un de malheureux, ni quelqu’un qui se complaît, non, vraiment pas, il n’y a qu’à me voir pour voir que non, mais ça fait de moi quelqu’un d’humain, c’est-à-dire quelqu’un de déchiré par la vie. C’est comme ça. Je veux dire qu’on n’est pas épargné, voilà, c’est ça que je veux dire et je veux dire aussi qu’on ne s’épargne pas, et que je ne sais pas si ce n’est pas pire qu’on ne s’épargne pas, soi, les autres, les autres avec soi, soi avec les autres, parce que c’est la seule chose dont on a besoin et qu’on le sait. Je veux dire qu’on n’est pas débordant de douceur les uns avec les autres, parce que de la douceur, on en manque déjà tellement, comme je veux dire qu’on manque tellement de douceur parce qu’on n’en est pas débordé. Je sais qu’on ne dit pas ces choses-là, qu’on ne veut pas les dire, parce qu’on ne veut pas que ce soit vrai, parce qu’on veut faire comme si on se remettait, comme si ça allait aller mieux, mais ça va, ça n’empêche pas que ça aille de toutes façons.

(Je veux dire que depuis quelques jours, je n’arrête pas de pleurer, que je ne suis pas triste, que je ne veux pas mourir, que je ne m’apitoie pas, que je ne pense à rien qui serait horrible, mais que j’ai les larmes aux yeux et qu’il n’y a personne pour les voir, que j’ai les larmes aux yeux et que je ne vois plus personne, voilà, peut-être que c'est ça que je veux dire.)
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Publié dans moods

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D
...et puis pleurer, ça fait voir le monde avec pleins d'étoiles et des nouvelles couleurs !<br />  <br /> Djam'L
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V
Cher vous, n'arrêtez jamais de pleurer. Souriez à travers ces larmes, et emmerdez ceux que ça gène.........
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F
je découvre ton blog, ton écriture, j'aime bien mais... c'est chiant ces ptits bonzommes en surimpression...
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C
pleure.<br /> tu as bien le droit de pleurer après tout.<br /> tu es si fort, tu te portes sur les épaules<br /> depuis si longtemps, et parfois même<br /> tu parviens à porter qq1 d'autre, <br /> qq1 qui pour un temps qui n'y arrive plus.<br /> Putain c'est vrai que c'est dur, mais c'est beau comme<br /> tu te bats pour y arriver. Alors pleure s'il le faut,<br /> si ça peut t'empêcher de n'être que celui qui<br /> porte, qui tient, qui retient....<br /> nous aussi on a des épaules, je sais pas si elles sont<br /> solides, mais elle peuvent servir. tu as le droit de<br /> t'en servir.
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M
Oui j'ai depuis l'inpression que plus on avance dans la vie et plus c'est dure, je veux dire que c'est de plus en plus dure de faire face à cette dureté et de réaliser qu'on n'a pas d'autre choix que d'y faire face et que du coup on déploie une énergie et on emploie toutes sortes d'armes pour y faire face. et puis j'entends sans cesse que c'est ça être adulte, et ça aussi c'est dure à entendre. Et puis, en même temps je dois dire que je découvre, j'apprends chaque jour de nouvelles choses, de nouveaux espoirs, et je m'y accroche, et parfois, j'oublie même que je m'y accroche, et ça marche...Et puis...on est là...on est ensemble...et tu écris toujours des beaux textes.
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