Essai #24bis : la transparence #2

Publié le par claude pérès

  La transparence chez Foucault, c’est cette articulation entre le savoir et le pouvoir qui fait que ce n’est plus le pouvoir qui est visible (la torture en place publique), mais l’individu sur qui le pouvoir s’appuie en lui prélevant un savoir qui le constitue en tant qu’individu. Je peux dire, après avoir lu Foucault, que ce qui fait qu’on est un individu, tout ce qui fait qu’on est un individu, un sujet, appelez ça comme vous voulez, c’est aussi tout ce qui fait qu’on est assujetti, dominé. On est un individu parce qu’on s’affirme en tant que savoir, je sais que je suis un homme, je sais que je suis anarchiste… et c’est précisément ce savoir qui nous soumet.

 Je sais ce que c’est aimer. Je peux le dire. J’ai appris à aimer. Je ne sais pas si je peux dire que c’est lui qui me l’a appris. Je crois pouvoir dire que je l’ai appris avec lui. J’ai vu sa capacité éblouissante et infinie à aimer, par exemple, oui, j’ai vu ça, je ne peux pas dire à quel point ça m’a impressionné, tout ce qu’il m’a donné, à quel point je n’en revenais pas, à quel point j’ai eu du mal à en revenir. Et je sais aussi que j’ai appris ce que ça coûte d’aimer, et ça je sais qu’il ne le sait pas encore, à quel point c’est rare et précieux, nécessaire, fondamental, pire que tout. J’ai appris à éclater en sanglots aussi, je veux dire comme j’ai pu le faire une fois quand j’étais enfant, comme je ne l’avais pas fait depuis 20 ans, c’est-à-dire en gémissant, avec tous les muscles du visage crispés et le corps abattu. Je croyais qu’il fallait jouer la comédie pour pleurer comme ça. Que ça explose, je n’aurais pas cru ça possible. J’ai appris ce que ça veut dire faire du bien à quelqu’un parce que c’est se faire du bien à soi, j’ai appris la douceur infinie que c’est et contre quoi rien ne résiste, qui est la résistance même. Je sais que je sais ça. J’en suis certain. Ça me rend plus fort que tout, parce que ça me rend tellement confiant.

  Je dis aussi que tous les savoirs sont les mêmes, que la psychanalyse, la génétique, le cinéma, l’autofiction, la politique, cette montée illimitée de « l’individualisme », les savoirs, le savoir, s’inscrit dans cette même articulation avec le pouvoir. Je dis que cette société nous condamne à nous faire visibles pour exister, qu’exister, c’est se soumettre. Je dis que ce n’est pas un hasard, que l’évolution des savoirs et des pouvoirs, c’est comme la théorie de l’évolution, que ce n’est pas pour rien que quelque chose prend ou ne prend pas, que c’est le cinéma, par exemple, qui a marché parmi toutes les inventions de l’époque, parce que c’est le cinéma qui se corrélait avec ce pouvoir de transparence précis.  Je dis aussi que si on comprend ça, que le cinéma ne marche pas parce que c’est bien, mais parce que ça fonctionne avec ce pouvoir, alors on comprend qu’on peut faire autrement.
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Publié dans moods

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L
Tiens, j'ai mis la main sur un de mes lecteurs anonymes, qui plus est qui lit Foucault. Prends garde à ce que je ne lâche plus ;) Quant à Foucault, intérêt partagé, même si, au bout du compte, la rigidité de certains de ses systêmes me fait parfois sombrer dans un froid pessimisme...
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M
je voulais te dire MERCI
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C
mais qui détient le pouvoir ? et pour en faire quel usage au juste ?
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